Pourquoi les tempêtes portent des noms ? – Disaster #1

Chaque année, les tempêtes, ouragans, typhons et cyclones sont désignées par un nom commun. Katrina, Lothar ou encore Irma, ces noms vous évoquent forcément quelque chose. Mais depuis quand donne-t-on un nom aux tempêtes et cyclones, et surtout, dans quel but ? Vous allez voir que si la réponse pourrait paraître simple, j’ai été surpris de voir à quel point on dispose d’assez peu de documentation sur le sujet.

Cet article est une retranscription de ma vidéo POURQUOI LES TEMPÊTES ET CYCLONES ONT-ILS DES NOMS ? – DISASTER#1 que vous pouvez regarder ci-dessous :

Avant de commencer, un petit point lexique sur les mots que je vais utiliser. Vous allez voir que je vais utiliser les termes cyclones, ouragans et typhons. Dites-vous bien que ces trois termes désignent exactement la même chose. La seule différence entre ces trois phénomènes météo, c’est le lieu où ils naissent. Un ouragan naît dans le Pacifique Est et l’Atlantique Ouest, un typhon dans le Pacifique Ouest, et le cyclone partout ailleurs.

C’est pourquoi si je parle d’un cyclone en particulier, selon le lieu où il est né je l’appellerai ouragan, typhon ou cyclone mais le terme générique que j’utiliserai est cyclone.

En bleu « ouragan », en vert « cyclone », en rouge « typhon ». L’atlantique sud est un cas particulier car très peu de cyclones y ont été recensés.

Les cyclones et tempêtes tropicales

Avant 1900

Les premières traces de noms donnés à des tempêtes ou des cyclones tropicaux remontent à deux siècles en arrière, dans les îles Caraïbes. A l’époque, le choix du nom était fait arbitrairement, pour garder une trace des tempêtes particulièrement virulentes.

On les baptisait alors d’après un fait marquant comme le cyclone Antje, qui détruisit le mat d’un bateau du même nom. On les baptisait aussi parfois d’après le nom du Saint-Patron du jour issu du calendrier de l’église catholique.

Ainsi, le cyclone du 13 Septembre 1928 fut baptisé San Felipe, tout comme son prédécesseur qui frappa Porto Rico à la même date, 52 ans plus tôt en 1876.

Aussi surprenant que ça puisse paraître, les cyclones se déplacent

Le problème avec les cyclones, c’est qu’ils frappent rarement à un seul endroit. Ils se déplacent. A l’époque où les systèmes de communication étaient sous-developpés, on pouvait alors se retrouver avec des noms différents d’une région à l’autre. Certains cyclones portent alors le nom d’endroits qu’ils ont ravagés comme l’ouragan de Galveston, Galveston étant une ville côtière du Texas. Pendant un temps, on a aussi utilisé un système Latitude-Longitude correspondant aux coordonnées de l’endroit où le cyclone a touché terre pour la première fois.

L’ouragan de Galveston en 1900

Début 1900

Au début des années 1900, Clément Lindley Wragge, un météorologue australien, a l’idée de nommer les cyclones d’après le nom de politiciens qu’il apprécie peu ou de divinités polynésiennes. Ainsi fut nommée Mahina, l’un des plus puissants cyclones ayant jamais frappé l’Australie, nommé d’après la déesse polynésienne.

Clément Lindley Wragge au top de sa forme

Dans les années qui suivirent, le besoin de nommer les cyclones avec des noms propres est lié au développement de la météorologie moderne.

Ce besoin se fait notamment ressentir avec l’essor des télécommunications. Lors des bulletins météorologiques, il faut pouvoir distinguer un cyclone d’un autre situé à plusieurs kilomètres.

D’expérience, on s’aperçoit que le choix d’un nom court facilite la compréhension lors des communications.

De plus, donner un nom à un cyclone permet de marquer les esprits, de l’identifier dans le temps.

Seconde guerre mondiale

Cela devient d’autant plus important pendant la seconde guerre mondiale. Après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, les américains sont fortement mobilisés sur le front Pacifique.

L’attaque de la base militaire de Pearl Harbor en décembre 1941 provoquera l’entrée des américains dans la seconde guerre mondiale

Cette période verra alors apparaître l’utilisation de prénoms féminins, notamment des prénoms de personnes de l’entourage des météorologues.

1947 – 1979

A partir de 1947, l’armée des Etats-Unis expérimente un nouveau fonctionnement : nommer les cyclones et ouragans d’après les lettres de l’alphabet radio. Cette méthode présente l’avantage de classer chronologiquement les cyclones puisque le premier devra s’appeler Able, le second Baker, et ainsi de suite..

L’alphabet phonétique américian

Mais finalement, en 1953, la stratégie de nommage des cyclones revient à l’utilisation de prénoms féminins mais en conservant la logique de suite chronologique.

Ainsi naissent les prémices de l’organisation actuelle avec Alice et Barbara, les deux premiers cyclones de l’année.

La liste établie en 1953 ne contient que des prénoms féminins

1979 – Aujourd’hui

En 1979, nouveaux changements. Les années 70 sont marquées par l’arrivée de mouvements féministes tel que le Women’s Lib. Nommer les cyclones et ouragans d’après des noms de femmes uniquement est considéré comme injuste et dégradant, du fait des nombreux dégâts occasionnés par celles-ci.

Il est alors décider d’établir 6 listes, une pour chaque année cyclonique. Cette liste contient tour à tour des prénoms masculins et des prénoms féminins.

Ainsi les années paires, le premier cyclone est masculin, tandis que les années impaires, il est féminin. Les cyclones Ana et Bob ouvrent le bal de cette nouvelle ère.

La liste établie en 1979 contient enfin des prénoms mixtes

Comment sont définies les listes ?

Chaque année, les organes régionaux des bassins océaniques où naissent les cyclones établissent une liste de noms pour les cyclones qui les concernent.

Ces comités sont au nombre de cinq :

  • Le comité des typhons (CESAP/OMM) composé de 13 membres en Asie + les Etats-Unis
  • Le comité des cyclones du Sud-Ouest de l’océan Indien composé de 15 membres dont la France via la Réunion
  • Le comité des cyclones du sud-est de l’océan Indien composé de 19 membres
  • Le comité des cyclones du nord de l’océan indien composé de 13 membres
  • Le comité des ouragans composé de 27 membres

La raison de ce système est simple. En impliquant les régions impactées par les cyclones dans le choix des noms, on s’assure que les noms choisis seront compris par les populations locales.

Pour chaque liste, chaque pays membre du comité est libre de proposer un nom. Par exemple, Issa suggeré par le Kenya dans la liste Indien sud-ouest, ou Usagi proposé par le Japon.

Une fois que les listes sont établies par les différents bassins, elles sont soumises a validation par l’OMM.

Mais est-ce que le nombre de cyclones peut excéder le nombre de noms prévus dans la liste ?

En effet c’est très rare mais ça arrive. En 2020, le nombre d’ouragans nommés dans le bassin Atlantique Nord égale l’année 2005 avec 28 ouragans*. Dans cette situation, les lettres de l’alphabet latin sont dépassés. Les cyclones sont donc nommés d’après les lettres de l’alphabet grec. C’est ainsi que l’ouragan Zeta a débarqué sur les cotes du Mexique fin Octobre 2020.

L’ouragan Zeta est le 28ème monstre tropical (ouragan et tempête confondus) né dans le bassin Atlantique Ouest en Octobre 2020*

*Edit : La saison cyclonique 2020 s’est achevée fin Novembre. On dénombre finalement 31 systèmes dépressionnaire au cours de la saison ce qui égale l’année 2005

Le cas des tempêtes européennes

En France, à part dans les DOM/TOM, on ne voit pas beaucoup de cyclones. Ce qu’on voit le plus, ce sont des tempêtes, le plus souvent en hiver. Et comme vous le savez peut-être, elles aussi ont des noms.

En Europe, c’est d’abord l’institut météorologique de Berlin qui se charge de nommer les dépressions et les anticyclones depuis 1954.

En 2004, les étudiants de l’université ont lancé l’opération « Adopte un vortex » qui vous permet de suggérer un nom  que vous souhaitez donner à un anticyclone ou à une dépression. Ca coûte relativement cher, 350 euros, mais en contrepartie, vous recevez un certificat, une carte météo et le suivi de ce à quoi vous avez donné le nom.

Avant 2017, c’est également l’université de Berlin qui nommait les tempêtes touchant la France. Par exemple, le nom de la tempête Xynthia avait été choisi par un utilisateur du service Adopte un vortex.

Mais depuis, Météo France et les services météo du Portugal et de l’Espagne nomment conjointement les tempêtes qui les touchent.

En revanche, si la tempête touche en premier les cotes du Royaume-Uni, les services météo de ce pays choisiront le nom à donner à la tempête.

Des noms qu’on ne reverra plus

Une chose que partage la nomenclature des cyclones avec celle de nos tempêtes, c’est la manière dont un nom peut disparaître d’une liste. En effet, lorsque les effets d’une tempête sont dévastateurs et qu’elle cause la mort de très nombreuses personnes, l’OMM peut estimer que redonner ce nom est inapproprié.

On change alors le nom en question et on le remplace par un autre. Ce fut le cas avec l’ouragan Katrina en 2005, le typhon Mangkhut en 2018 ou encore l’ouragan Irma en 2017.

Nous verrons ces tempêtes qui ont laissé leur nom dans l’histoire au cours de prochaines DisaStory.

Voilà j’espère que désormais la manière dont on nomme les tempêtes vous a paru plus clair. Honnêtement je trouve que ce système de nomination n’est pas simple mais quand on y pense, c’est le jeu quand on touche à des phénomènes d’ampleur internationale, il faut pouvoir contenter tout le monde, c’est normal.

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